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Portraits

Rémy Pagani, écrivain social engagé

Rémy Pagani devant une sculpture « Le grand paysan » d’Aimé-Jules Dalou. Rémy Pagani devant une sculpture « Le grand paysan » d’Aimé-Jules Dalou.

Actuellement en charge du Département de construction et de l’aménagement, Rémy Pagani est né en 1954, à Genève, dans le quartier de la Jonction. Sa mère, franco-suisse, est coiffeuse avant de devenir employée de bureau. Quant à son père, franco-suisse, il est maçon avant de prendre en charge l’entreprise en bâtiment de son père. Plus tard, refusant de reprendre l’entreprise familiale, Rémy Pagani se lance dans le social, fort de son contexte familial de travailleur, d’ouvrier. « J’ai un vécu de militant politique. A seize ans, j’ai été enfermé et j’ai subit la répression policière » dit le magistrat Genevois en riant. « J’ai vécu de violentes répressions policières. Je suis familier aux tactiques de la police et aux conditions de vie des squatteurs » poursuit-t-il, la voix calme et posée. Il rajoute : « Dans mes romans, la police représente le Pouvoir, c'est-à-dire un bras armé du système, afin de pouvoir mieux s’enrichir ». Un engagement confirmé par un ancien élève : « J’ai été au cycle de Genève de 1978 à 1982. Rémy Pagani enseignait dans les classes générales, dans lesquelles la plupart des élèves se préparaient à des apprentissages. On sentait son côté engagé ».   

L’ÉCRIVAIN
Rémy Pagani est aussi écrivain. En 1993, il publie son premier roman, « Les Beaux jours reviendront », dont le personnage principal, Walter, est un squatteur Genevois. Dans son second roman, « Entre chien et loup » (publié en 1994), Rémy Pagani parle de Genève, décrivant la course poursuite du personnage, Roland, qui a fuit la ville avec une fille de huit ans. Son troisième récit, « Confession d’un commissaire de police » (publié en 1997), est un polar racontant l’enquête de l’inspecteur Tanquerelle sur le meurtre d’une vieille dame, dans un hôpital psychiatrique, à Genève. Le quatrième livre, « Etrange balade » (publié en 2006), relate le vécu d’une femme africaine, d’un homme blanc et d’une femme latino-américaine, à travers les quartiers populaires de la cité de Calvin. Les protagonistes écrivent au fur et à mesure leurs expériences. « Le cœur de Genève (l’esprit de la cité), ce sont ses quartiers  populaires, dont on parle peu » dit le magistrat, d’un ton de voix déterminé. Si Rémy Pagani écrit, c’est pour « remplir son vide intérieur ». « Je n’ai pas d’âme. Mon intérieur est vide, ce « tout » et ce « rien », que j’entoure avec ce que je  vois, dis et écris » explique-t-il le regard pensif, la main sous le  menton. « Je reconstruis le monde. Ma  conscience, c’est les lettres  qui forment des mots, des symboles qui fondent un récit et qui structurent notre pensée ». Pour raconter ses histoires, il crée les personnages, structure le récit, le reste se déroule comme un parchemin. Pas de notes auparavant ! Relisant les pages après leur écriture, les personnages « s’imposent » à lui. « Je fais d’eux ce qu’ils veulent de moi » dit vivement l’écrivain. Son style d’écriture est dénué d’expression précieuse. Il emploie des mots « qui ont du sens, une charge affective ». « J’écris d’abord pour moi et ensuite les autres en font leur interprétation. Par la suite, mes récits peuvent s’inscrire dans le social ».

 

L’IMPORTANCE DU COMBAT
Selon Rémy Pagani « une personne qui ne combat pas n’est  pas un être humain ». « Je parle de la beauté du combat, de la vie » dit-il, vif. Depuis l’âge de seize ans, en 1970, il milite politiquement pour la préservation des vieux quartiers de Genève, entre autres causes. En 1974, il est  membre de l’APAG (Action populaire aux Grottes) pour la conservation du quartier des Grottes, à Cornavin. S’ensuit un long combat pour le social qu’il perpétue à l’heure actuelle. Il s’est opposé, en 2005, avec l’Alliance de Gauche, à l’accord de libre-circulation des personnes, qui autorise aujourd’hui les citoyens de l’UE (Union Européenne) à résider et travailler en Suisse. Ce privilège est également accordé aux Suisses, dans le cadre de l’UE.  « Je ne supporte pas l’Injustice. Cette libre-circulation crée des inégalités salariales et de la xénophobie entre ouvriers. Ce qui profite à leurs patrons ». « J’ai toujours milité pour que les conditions salariales qui sont faites aux migrants soient identiques aux personnes résidentes », poursuit-il. Selon une source proche, Rémy Pagani « a une grande gueule, ce qui ne plaît pas à  tout le monde ».

Sikandar Marwah